Addis Ababa, le 11 janvier 98Maison de Marc, l'après-midi, les Rhinocéros broutent sur les tapis du salon tout en écoutant le Satbat Mater de Vivaldi, normal! Un levé en douceur, mots chuchotés, odeurs de buna, regards complices de satisfactions communes, aujourd'hui c'est dimanche... je me laisse couler
- JR -
Tout ce qui s'est passé s'est vraiment fait avec une grande équipe: celle d'Oposito et du circus réunies. Le résultat est à la hauteur de ces six semaines de travail. Pas de gros show avec une super technique mais un spectacle avec 200 enfants tout sur l'énergie, le bonheur d'être dans la rue à chanter, danser, faire des performances. C'est la première fois qu'un tel événement a lieu à Addis!
- Michèle -
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Une rencontre du coeur.Les deux compagnies ayant été fondées depuis des années, elles cheminent avec succès dans deux univers bien différents. Il n'a pas été évident de tracer un parcours qui permettrait à tous les participants de cette aventure de continuer leurs explorations individuelles ensemble. On
pourrait dire que les perceptions des Ethiopiens pour la France et des
Français pour l'Ethiopie sont pleines de mythes (de mites?). Des
deux côtés, les images qui apparaissent tendent vers le cliché.
Si au moins ces clichés étaient source de croissance et
d'entente! Au contraire ils créent une distance, sinon un gouffre,
qui ne sert qu'à peu de choses.La venue de Jean-Raymond Jacob de la Compagnie Oposito en Ethiopie au début de 1997, l'a persuadé que l'univers humain qu'il a rencontré par le biais de Circus Ethiopia, pouvait servir à provoquer une transformation profonde pour la suite de l'aventure d'Oposito. Une méthode choc pour retrouver l'essentiel. Du côté du Circus, l'intérêt s'est vite porté sur l'apprentissage de techniques de spectacle. En Ethiopie, avant 1991, le format du cirque ambulant n'avait jamais existé. Toutes les techniques de spectacle acquises ont vu le jour comme celui qui réinvente la roue parce qu'il n'en a jamais vu. Ajoutons à cette mayonnaise la fierté Ethiopienne qui se veut autant maître chez elle que la fierté Française en France. Et par dessus tout ça, les tendances démagogiques de vouloir aider le pauvre Ethiopien en important les techniques "modernes" de l'ouest, tracer un parcours pour cette rencontre Oposito/Circus Ethiopia n'était donc pas chose évidente. Jean-Raymond Jacob et moi même avons parié sur la rencontre par petites doses. Une rencontre planifiée avec beaucoup de prudence mais avec une certitude que nous avions une expérience commune: celle du spectacle de rue. Chez Oposito tout comme Circus Ethiopia, le spectateur est libre de tout protocole: Il n'a pas payé et il peut partir ou réagir quand il veut. Cela nécessite un spectacle qui nourrit et qui sait gagner son respect. Le spectacle de rue, même si les deux formats ne sont pas semblables, demande une grande exigence de sincérité de la part de chacun dans le sein de l'équipe et cela inscrit dans le temps. Les deux compagnies ne travaillent pas uniquement sur la création de spectacles. Il ne s'agit pas d'individus de talent coopérant temporairement sur un événement. Il s'agit ici de deux communautés d'artistes avec des racines profondes dans le terroir et qui puisent leur inspiration dans la culture vivante et qui intègrent la création à la vie de la communauté. C'est
de ce point commun que nous avons cadré les différentes
rencontres:
Samedi passé sur Churchill Road, à la Gare et à Meskal Square devant 10000 spectateurs, ce qui a émergé n'est pas seulement un super événement qui a fait sauter la foule. L'événement n'était pas non plus un simple apport technique pour Circus Ethiopia. L'essentiel de la chose a été une rencontre du coeur. Une mayonnaise bien réussie qui a donné à tout le monde, les 160 jeunes de Circus Ethiopia, les entraîneurs, les Oposito, les spectateurs compris, une joie de l'autre, de l'étranger, de celui qui n'est pas comme nous. Dans le contexte de l'événement Rhinocéros 1998 l'on pourrait dire que l'art s'est mis de service. Cet art qui souvent se perpétue dans sa propre bulle et qui a tendance à se servir de lui même pour devenir un objet. Avec une bonne dose d'humilité de la part des deux compagnies, l'art du spectacle de rue s'est mis au service de la rencontre. Une rencontre pleine d'avenir, de respect, de projets, d'envie de faire. Bravo Oposito! Bravo Circus Ethiopia! A la prochaine à Brest, Blanc Mesnil et Noisy-le-Sec!
Marc la Chance, Directeur Circus
In Ethiopia, 12 janvier 1998
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Le 14 janvier 1998 L'atmosphère
est lourde, la tristesse peut prendre sa place entre deux rangements.
Le temps lui aussi appelle à la mélancolie. Depuis la fin
du spectacle de samedi, il se laisse aller à la tristesse de notre
départ, il rythme nos émotions, il pleut quand nous pleurons
et laisse apparaître des rayons d'un soleil généreux
quand nous sourions à nos amis que nous allons laisser. Qu'il est
difficile de quitter Addis Abeba...Après un repas silencieux Awaka accompagné d'Abuchu, Abbi, Tadeus, Imer, Sena, Mulukan, Abraham et d'autres nous rejoignent. Il est temps de quitter la maison, direction l'aéroport. Le pick-up chargé à fond de gens et de bagages, ainsi que deux autres véhicules décollent et nous voici devant l'aéroport, les valises à la main. Les adieux et les «au revoir» sont sincères, douloureux et à répétitions. Les Ethiopiens et les Français restants encore quelques jours, nous font les derniers signes avant que nous disparaissions dans l'aquarium blafard qu'est l'aéroport. Les yeux sont humides, la respiration difficile et pourtant il faut faire le pas qui nous projettera demain, autre part et loin de cette belle aventure. Il y a des moments très importants dans la vie où la raison est plus forte que notre coeur. Nos jambes prennent le dessus et nos têtes finissent par suivre tout en étant autre part. Le voyage peut commencer. A minuit trente, quand l'avion décolle d'Addis Abeba, j'envoie à travers le hublot un baiser d'amour à tous les enfants de la rue à qui j'avais fait cette promesse car je sais qu'à cet instant certains d'entre eux regardent notre avion partir avec, comme seules couvertures, la nuit et une tristesse immense. N'est ce pas Abeba Eshetu? Et
puis on s'occupe de nous, on nous donne à manger et à boire,
on regarde même la télévision et puis tout le monde
finit par s'endormir. L'arrivée à Rome, l'attente de trois
heures et puis le deuxième avion direction Paris. Les embrassades
rapides à l'aéroport Charles De Gaulle et les larmes qui
nous échappent comme si nos séparations étaient définitives.
La première phrase de notre aventure se termine ici, à Paris.
Je vous embrasse, tous ceux qui reviendront et ceux que nous ne reverrons
jamais.
- Rascal le 14 janvier 98 -
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Dernière
Etranges, ces dernières soirées sans la grande famille autour de la table, depuis que vous êtes partis le temps est gris et menaçant, un peu identique à ce qui se passait dans ma tête, avant de lire vos messages. Je sais que nous avons eu raison de venir ici, et comme on dit, si c'était à refaire... Marc est à côté de moi, il vient combler mon trou d'inspiration, il me rappelle notre "partie de kat" où dans le silence couvait en fait des milliers de choses que chacun d'entre nous ressentaient. En fait j'ai tellement de choses à dire que tout devient confus. Ce soir le fils de Denis, David 7 ans, m'a apporté un dessin de la place Mescal lors du show. Je le ramènerais dans mes valises, il est pour moi l'image qui conclura définitivement la première étape du projet Rhinocéros. Dans le salon résonne la musique de Zap, un peu comme un générique annonçant une nouvelle aventure, je vous le promet, vous m'en donnez la force. Merci à vous tous.
- JR -
Plus que 24 heures à Addis. Le
départ progressif du reste de l'équipe, commencé
lundi avec Jackie, nous a fait prendre conscience du notre, imminent.
Comme si nous avions soulevé notre pied pour le poser en France,
l'autre restant immanquablement scotché ici (je sens que je vais
être unijambiste quelque temps). Quelle claque!, mais quelle claque!...
Le show était à la hauteur du mois passé ici. Je
pense qu'il ne pouvait en être autrement de part la force de l'équipe,
la volonté de chacun et l'investissement de tous. La redescente
est douloureuse: l'inactivité après 5 semaines intenses,
le soleil qui fait la tronche, la hantise du départ, la nostalgie
du temps passé ensemble, tout ceci alimente un profond sentiment
d'égarement même si on sait que l'histoire Circus Ethiopia-Oposito
n'est pas finie mais ne fait que commencer. La tente du workshop a été
démontée lundi, l'espace semble bien vide; Les containers
ont pris leur place au circus, la tête du rhino trône tel
un trophée dans la salle d'entraînement. Dehors la loco attend
de fondre - selon l'expression de Marc, une roue par ci, un tasseau par
là, mais peu importe, notre travail commun porte déjà
ses fruits: dès lundi, l'équipe régie du Circus utilisait
le poste à souder pour réparer la porte du training hall
dont les charnières avaient cédé. Je les regarde
faire d'un oeil distrait, sans en avoir l'air, satisfait. Soudure en nette
amélioration à 90 degrés avec équerre s'il
vous plaît. Je rode autour du circus, j'essaie de me remplir du
maximum d'images avant mon départ. Mon coeur est lourd. Le délai
de 3 jours supplémentaires que je me suis donné n'est qu'un
sursis, je le savais, mais que ne donnerais-je pas pour rester un peu
plus. Je suis vraiment tombé amoureux...
- Achil -
Team Video 31 jours en Ethiopie et j'ai l'impression de découvrir Addis depuis une semaine. Par contre j'ai vraiment découvert les Oposito et le Circus Ethiopia. Le départ des premiers Oposito a été vraiment émouvant, la scène de Rascal et Titi Lolo disant au revoir aux enfants de la rue sera certainement une des plus forte du film. Que d'image que d'émotions! On a réussit à coincer JR et Marc au dernier moment pour les interviewer àla guest house. Ca a fini sur fond de coucher de soleil avec l'ampoule de la terrasse et les lumières de la place Megegnagna en fond. Génial.
- Philippe -
Derniers coups de manivelle, à l'arraché, 65 h de rushs environ, des sourires plein la tête. Last night in Addis. Régis est parti chercher son pull, dans quelques heures on retrouve le plancher des vaches. Avant on va traîner en ville, on ne trouve plus les clefs de la red cross, Phil a perdu quelque chose, un moteur peine a démarrer, laissons la nuit rouler... Atchao.
- Ema -
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Martine
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