Addis Ababa, le 18 décembre 1997
Il fait soir mon Amour. L'odeur douceâtre
de la Blanche Datura a évincé le poivrier. La montagne vient
de gober son soleil quotidien. Quelques irrascibles ultraviolets s'accrochent
encore au bleu laqué sombre du satin du soir...Enfin elle est là somptueuse, transparente dans le noir du fourreau moulant ses fesses nocturnes. Il fait nuit mon Amour et la lune est partie se peigner dans une flaque d'eau claire avec un peigne de corail. Il fait froid mon Amour.
- Kiké -
La chienne de Marc va avoir des chiots dans quelques jours... je ne sais pas quand.
- Adrien -
J'avance serein, l'équipée est belle, que vais-je ramener en France?? J'ai le sentiment que je laisserai tant de choses ici!!!!
- JR -
Mon travail sur la pantomime continue avec les différents groupes. Dans la partie "training", je leur apprends une phrase gestuelle où l'acteur seul joue deux personnages: Pierrot et Colombine (merci les enfants du paradis), histoire d'amour tragique où se noie Pierrot dans ses larmes. C'est un exercice de mimétisme où chacun se l'approprie (Ghirma, le stylise entièrement, il danse - Seblé, petite fille de 6 ans a du mal, il faut l'aider, pousser les attitudes...). Ensuite
avec ce minimum de codes, à eux d'en inventer d'autres. Les participants
(Amhaa et Tadios) sont invités à un conflit (les épaules
se heurtent) mais ils ne doivent plus se toucher sous aucun prétexte,
la scène est entièrement muette.Amhaa prend appui sur le public pour se moquer de Tadios (de son personnage...), utilisation de leur pantomime, puis la dispute s'accélère, Tadios prend le nez de son adversaire pour l'agrandir de 10 mètres et le clouer au sol. Il empoigne une paire de ciseaux (imaginaire, vous me suivez... c'est du théâtre), lui coupe le nez, SPLATCH !! Le tout revient dans la tête de Amhaa, flip-flap arrière. Le public rigole, Amhaa a un trou, il ne sait plus quoi faire (zut, il faut maintenir l'atmosphère créatrice...), je lui propose un fusil dernier cri (imaginaire, toujours...). Il tire en direction de Tadios, mais ce dernier est chatouillé par les balles, plus il tire, plus Tadios éclate de rire, le public aussi... La bande dessinée est à son comble, l'imaginaire est en action: rapidité des mouvements, le geste infiniment grand rencontre l'infiniment petit (on appelle ça une rupture...), sur fond de grommelots et d'onomatopées. La séance se termine, Ghirma excité, pétille, veut continuer, à son souhait nous poursuivons le voyage...
- Thierry -
Dix petits blancs sur la place Mescal. Premier repérage du site, Melaku ouvre la boîte à courant tressée de fils plus ou moins connectés. Voilà la base de nos lanternes. Suite de la découverte; une jolie petite classe de l'Alliance où nous allons entreposer le matériel que nous récupérerons.
- Titiman -
(extrait d'un message à Luna production) Premiers tours de manivelle aujourd'hui au cirque (entraînement des enfants). Le rythme de nos journées est déjà bien rempli, toute l'équipe nous a adopté et nous aide. Impeccable. Le plan de travail s'organise au gré des événements. En revanche, petits soucis techniques avec la Panasonic: on a besoin impérativement (on n'a pas assez d'autonomie) de 3 batteries ref VWVBD1E CAMAERA panasonic AGEZ1. Pour nous les faire parvenir Jacky qui vient de Montréal passe par Paris ce week-end, il arrive à Addis lundi...
- Vidéo team -
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Addis Ababa, le 19 décembre 19978h: au cirque, opérationnel, "à la fraîche", pour mettre un p'tit coup de bombe noire sur les fils blancs des nez rouges de ma copine Martine! Discussion sous la tente avec Abraham. Je l'informe de l'arrivée de la vidéo-team. On prend le temps, puis le taxi collectif pour aller acheter des barres d'eucalyptus, au plus proche, avec mon pote et Antonella. Premier marchandage intéressant, 20% (ne me dis pas merci, Michèle!). Je
refuse de prendre un minot pour porter mon gros fagot... consternation,
étonnement, surprise, incompréhension des passants en voyant
ce "farenje" (étranger) porter une botte d'une vingtaine de barres
d'environ 4m chacune! Abraham sourit, la situation semble lui plaire,
puis décide de m'aider, et c'est en sueur et essoufflés
que nous arrivons aux ateliers - la côte pour accéder au
Circus aura un jour notre peau! - Brève réunion de l'équipe déco qui compte depuis lundi deux nouveaux membres: Yhermo (régisseur - entraîneur) et Admosso (musicien), tous deux du cirque de Djema. On commence la structure du rhino ("aoraless"), avec les barres d'eucalyptus qui vont également servir à la conception de mailloches pour l'atelier percussion de Rascal. La déception de ne pas faire un animal de métal, ressentie la veille par l'équipe du Circus disparaît vite à la vue du Kike modelant la tête de la bête avec du grillage. Quatre vis (pas cruciformes!) cassent dans l'eucalyptus trop dur. C'est Rascal qui va être content! L'équipe vidéo tourne; Martine (baptisée ce soir "la Puce" pour éviter tout quiproquo avec l'autre (Margatine!), pointe son nez vers le ciel, hume l'atmosphère, attrape les ondes, se met dans l'ambiance.....Ca va le faire, bon feeling. PS1: Abouchou: "Adrien, veu tou
revenir dormir sou la tente, je frai pleu de blague"! Emotion, Adrien
se tâte, "Demain, peut-être"
- Achil l'éthiopien -
Fin de semaine avec l'atelier des "Street's Kids". 3 fois 1 heure: ils ont avancé à pas de géant. Hier, ils captaient. On vient de laisser Thierry dans la salle de bain, il a le vertige de l'Afrique, une bonne nuit et demain il y ira mieux. Côté projet, ça carbure pas mal, même si c'est pas toujours facile de se comprendre. Ce matin meeting, sous la tente l'équipe Rhinocéros se retrouve pour la deuxième fois. Point général par secteur, pour l'instant ça baigne, bonne ambiance mais tout le monde est conscient que nous rentrerons en état d'urgence dès la semaine prochaine. Côté parade c'est décidé, les loges seront installées au Compound du Cirque. Nous partirons à 3h30 pm, en costumes dans des bus pour une première traversée mécanique d'Addis à grand renfort de coups de Klaxon et de camion sono. 4h15
pm, arrivée en haut de la Churchil Road, on descend des bus; mise
en place de la parade: au son des musiciens, nos cent acteurs se mettent
à danser et à chanter, leurs costumes chargés du
soleil blanc de cette heure d'après-midi; il fait chaud, les badauds
deviennent notre public, nous les entraînons en direction de la
gare, Thierry en tête, le sourire accroché d'une oreille
à l'autre, ça marche!! Les gens applaudissent, les jeunes
sont à leur top.Thierry pose sa première image au milieu du boulevard: deux pyramides humaines tournées vers le ciel naissent du macadam d'Addis Ababa, ovation. La parade reprend sa route, notre public est devenu foule, nous créant pour l'occasion un écrin de couleur vive; nous sommes transportés. Nous arrivons à la gare, notre cortège devient une fois de plus, le plus grand chapiteau du monde. Action! Au son des percussions et des voix dirigées par Rascal, le Rhinocéros apparaît: il a fière allure et semble voler au-dessus du public. Il charge, les enfants crient, les spectateurs s'écartent et embarquent, notre marée humaine et joyeuse se dirige vers la place Mescal. L'arrivée, le flash, dans le coucher de soleil, 25000 personnes assises nous y attendent chauffées à blanc par les musiciens du Circus. Rentrée triomphale de notre parade. Sous les applaudissements du public, nous laissons la place au show du Circus baigné par les éclairages chaleureux de Titi Man. J'ai un pincement de coeur quand pour la première fois les toiles peintes par Kike, accrochent la lumière. Les jeunes du Circus semblent ce soir décrocher la lune, l'assemblée est scotchée. A la fin du spectacle, ils sont debout, acclamant leur jeunesse. NOIR PLATEAU. Silence, puis comme par magie le lion peint par Kiké semble prendre vie, sa crinière prend le feu des projecteurs et dans un ultime saut surgissant comme une envie de vivre, nos artistes feront leur dernier salut.
- JRJ -
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Addis Ababa, le 20 décembre 1997
- JRJ -
Rubrique Team Vidéo Y'a jamais la place pour écrire sur la machine, faut faire la queue, c'est pas comme aux ASSEDIC, ça me fait penser à la chanson des escrocs, donner des nouvelles en France me semble dérisoire. De toutes façons je vais perdre mon RMI, parce que j'ai pas écrit. Hop un petit coup de bière, dans cette maison ça fuse de partout, on est un peu nombreux, c'est une colonie de vacances, faut faire attention à plein de choses inconnues, ça fait des frissons, des rires, basta. Un fax de Sébastien, la caméra qu'il achète descend directement de Mars, Philippe flippe, mais pas moi. C'est marrant non? On s'en fout de tout ça, on est là, on est bien et Jacky arrive. Après la tempête d'hier soir, intempéries intestinales, tremblements, cloué au lit, j'ai pu juger la force de l'équipe Rhinocéros, me rappelant une certaine devise des contrôleurs du Fourneau "nous, on est comme ça", geste à l'appui, soudés.
- Thierry -
Et demain comme un autre jour, la colonie s'organise en deux groupes car dimanche, c'est repos. Le groupe 1 (les grands) part à la pistoche, une source d'eau chaude à deux heures de cahin-caha d'Addis, tandis que le groupe 2 (les moyens) assiste à une représentation des Street's Kids du Circus à quelques rues d'ici. Et dimanche prochain, c'est promis on change, enfin on essaie d'y croire... - Luc -
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Addis Ababa, le 21 décembre 1997
- Thierry -
Dimanche, sortie à Sodere: source naturelle d'eau chaude à 120 km d'Addis. Avant de me baigner dans la piscine, passage à la douche en plein air, espace cimenté où coulent en trois torrents de l'eau chaude. Les femmes s'y lavent le corps, les cheveux, se frottent de savon blanc. Moi, Fabienne la Normande, tache blanche au milieu d'elles. La prochaine fois j'amènerai mon shampooing.
- Fabienne -
La route était chaotique pour arriver
jusqu'à Sodere. Nous avons traversé des paysages merveilleux,
les montagnes au loin, la campagne avec ses huttes, ses chevaux, ses dromadaires...
Après cette longue route, arrivée dans une base "nautique"
éthiopienne, droit d'entrée de 5 birs pour accéder
à un parc où les familles baguenaudent, se prélassent
sous un arbre... Un petit plongeon dans la piscine, oh! Surprise, l'eau
est chaude à 32° environ et salée. Tu flottes sans difficulté.
Sortie de l'eau, allongée dans l'herbe, des singes à la
barbiche blanche essayent de t'attraper un bout de banane, un coin de
serviette, pendant que les oiseaux te chantent leur refrain.Bref, une journée de détente dans un paysage de rêve, où tout est à regarder. Il est temps demain de se mettre au travail. Le temps s'accélère....
- Antonella -
Le retour sur Addis se fait sous un soleil
couchant rendant les montagnes qui nous entourent encore plus massives,
notre route sera agrémentée de petites haltes de ravitaillement,
là pour des fruits, ici pour de la canne à sucre qui adoucira
notre expérience de Khat collective. Nous arrivons à Addis,
la nuit s'est emparée de la ville, des centaines de petites fenêtres
lumineuses de toutes les couleurs semblent se suspendre entre terre et
ciel, elles proviennent des petits souks qui bordent l'ensemble des rues
et boulevards de la capitale.Demain première séance de travail en répétition avec Aweke et moi-même; au programme, création du choeur, de sa chorégraphie, de son décor musical, et mise en scène de l'image circassienne. Ca va rouler!!!!!!!!
- JRJ -
Première petite grasse matinée et me voila projeté dans un quartier d'Addis sur un stade de foot rempli d'enfants qui courent partout. Nous sommes en comité restreint: l'équipe vidéo, Martine, Thierry et moi. Nous sommes venus voir un spectacle donné par les enfants des rues et la classe du cirque. Les musiciens sont en place et le show peut commencer. Le spectacle se passe à merveille, les apprentis artistes se prennent au jeu du spectacle et le public nombreux réagit vivement. La représentation se termine, des jeux s'improvisent, la bonne humeur est au rendez vous, comme d'habitude d'ailleurs... Le reste de la journée se passe en compagnie d'Abi et de Tadios qui nous promènent dans la ville. Quelques verres, un coucher de soleil...c'est dimanche.
- Rascal, vous savez L'ordure -
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