Addis Ababa, le 25 décembre 97 |
Aujourd'hui,
jour de Noël, jour de naissance dans la maison de Marc, en
effet ce matin de bonne heure, la chienne de Marc a mis bas cinq
chiots, un noir, un blanc et trois tigrés. Comme nous croyons
aux signes, nous dirons que c'est un bon signe. Mais ce n'est
pas tout à fait Noël, car ce matin toute l'équipe
s'est levée tôt pour aller travailler. Noël
en Ethiopie, c'est dans sept jours, mais tout le monde nous a
souhaité cette fête.
- Rascal (12h30) -
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Dans le jardin clignote un sapin Ethiopien:
Abouchou, Abi et Adrien viennent de nous tirer le premier feu d'artifice
Franco Ethiopien il est 21h. Je prends ma place au pupitre collectif,
afin de vous narrer tout net mon 25 décembre 97 ou encore, si
vous préférez, le16ème jour du quatrième
mois de l'année 90 du calendrier Ethiopien !!!
Nouvelles de la déco.
Cartésiens
occidentaux, nous sommes habitués à raisonner sur un mode
d'opposition binaire: travail/vacances, vrai/faux, blanc/noir, 0/1, accepter/refuser
et j'en passe... Ici, rien à voir avec tout cela, nous sommes dans
la logique du probable, du souhaitable, du processus, de l'espère,
du demande... tout un tas de nuances auxquelles je ne suis pas habitué.
Addis Ababa, le 26 décembre 97Ordre du jour: Ne pas remettre au lendemain, ce que l'on arrive à COMPRENDRE le jour même. Le language gestuel est OBLIGATOIRE (pas plus de 3 mots en Français, en Amharique et en Anglais dont: bonjour, ça va? et merci dans chaque langue) Nom du groupe: Ambassa group -The lion's group - Le groupe du lion. Sa devise: "Le lion ne parle ni Amharique, ni Français et encore moins Anglais. Il vit comme un Roi." Mise en place d'un rituel; recherche immédiate dans le café. Chenafi rugit bruyamment, les autres reprennent. Silence. Attitudes et nous crions ensemble "Ambassa group". Devant le regard halluciné des serveurs et de la clientèle. Domicile!!! Ahmed veut mon adresse avant mon départ (gestuellement parlant), je lui demande la sienne, c'est simple "in the street". (rires...). Fin du meeting, la répétition pour la parade a lieu à 13h30 , mise en application de la recherche pour le "moment gestuel"
- Thierry -
Deux ateliers dans les bras, je laisse
Sisay prendre ses propres initiatives, aidé du plan de feu, dans
la construction des éclairages, fluos, ampoules, quartz, rallonges...
Moi, je retourne à l'Alliance, voir si le matériel complémentaire
est bien arrivé comme prévu. Seulement la moitié
est là, on me promet le reste pour lundi. Un ancien est entré
dans la classe, pose ses lunettes sur son nez et prend le plan sur la
table. Tout d'un coup, il s'agite dans tous les sens, me parle en anglais,
français, amharique... Je n'y comprends rien... Il me prend par
le bras avec Salomon et nous emmène au fond de la cour, ouvre la
porte, et là, me propose 28 trépieds de 1m qui vont nous
servir pour délimiter l'espace scène. Le hasard fait bien
les choses et nous fera gagner un temps précieux. Fin d'après-midi,
retour au Circus, Sisay et Grimma, un jeune à l'essai, ont assuré
comme des fous. Une nouvelle équipe est en bonne voie, je décide
de prendre l'apéro...
- Titi -
Bonjour la terre, me voila de retour de
Nazareth (au sud d'Addis Ababa, 130 km) où je me suis rendu en
compagnie d'Aweke, Rascal et la team vidéo. Objectif: rencontrer
les musiciens du cirque de Nazareth qui formeront l'orchestre de la parade
avec Rascal. Notre séance de travail, s'est tenue dans le lieu
de répétition du cirque, un grand hangar en tôles
à la charpente en bois d'eucalyptus situé au centre de la
ville. Résultats: Rascal va passer trois jours à Nazareth
afin de bosser avec les musicos (en compagnie de nos Big Brothers de la
team vidéo). Le nom du premier morceau, celui qui sera interprété
en haut de la Churchil Road est "Churchilmix" (pensées pour nos
compositeurs préférés de Décor Sonore). Dans
le cadre de l'image de la Gare seront installés, dissimulés
derrière les balcons, des fûts de métal; à
la fenêtre centrale, les deux chanteuses; au niveau du sol, deux
rangées de percussions métalliques forment un couloir; au
centre, les 80 jeunes aux mailloches de couleurs. Pour faire rouler tout
ça comme une locomotive, Rascal, qui, lentement, sûrement,
généreusement, énergiquement, sans chichi, lancera
la cadence de l'illusion sonore de la charge de notre Rhinocéros.Demain, répétition, avec pour la toute première fois, l'ensemble des groupes constituant la parade c'est à dire que l'on colle les morceaux!!! Ca promet, on est 120. Clins d'oeil à Samson: ici on me parle souvent de toi, les jeunes me demande pourquoi tu n'es pas revenu sur le projet. En tout les cas, je suis sûr que la team vidéo aurait été ravie de travailler avec toi. Normalement un nouveau membre va rejoindre notre équipe il s'agit de Vincent Muteau, photographe. Arrivée pressentie le 4 janvier. Voilà, salut la terre.
- JRJ -
La gare a fait l'objet de nombreux repérages,
nous commençons à vraiment bien la connaître, ses
recoins, son personnel, ses points de vue, le buffet de la gare - un grand
moment d'Addis -. Mais pourtant depuis le premier jour, mon esprit matériel
s'interrogeait et ne trouvait pas de réponse. Pourquoi le parvis
devant la gare est-il interdit au public, matérialisé par
un cordon de sécurité et surveillé par la police
alors qu'il n'y a rien à y garder. N'y tenant plus je me suis renseigné
et la raison m'a subjugué. Le cordon de sécurité
délimite le déplacement de l'ombre de la gare sur le parvis.
Il est interdit au public, car les gens qui attendent le train (car un
train ça s'attend!!!) l'attendaient à l'ombre, ça
discutait, ça piaillait, ça vivait... et ça empêchait
les employés de la gare de travailler dans le calme. Donc maintenant
les gens attendent au soleil et les employés travaillent dans le
calme. Me voici donc heureux des deux côtés: j'aime me chauffer
au soleil et travailler dans la sérénité. Comme quoi,
même une drôle d'idée peut finir bien.
- Luc -
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Addis Ababa, le 27 décembre 97
- Philou le tailleur de Costards
-
Je succède à mon frère Philippe dit "Philou le tailleur de costards", il a passé sa matinée dans un atelier de confection, afin de suivre les travaux à exécuter sur différents costumes. Il en a profité pour lancer une ligne de casquettes. Pendant que lui s'affairait à la tâche, son associée, notre chère Fabienne encore plus blanche que d'habitude a gardé le lit atteinte de problèmes stomacaux existentialistes. Pour ma part, j'ai eu le droit d'assister à une répétition forte en émotions, vous savez !! celles, qui vous rassurent, vous donnent raison de croire en ce métier. Dirigée
de façon magistrale par l'équipe Rhinocéros, cette
séance de travail réunissait les 120 jeunes participants
de notre parade. Chef de pupitres, Maestro d'un orchestre à bras
et à bois, Rascal fait tonner pour la première fois CHURCHILMIX!!!
OK ça roule!La suite de ce message est destinée à tous les empêcheurs de rêver en rond: A ceux qui pensent que la vie n'est que carrée N'a qu'une couleur!!! Qu'une seule douleur... Qu'une seule odeur. Vousaveztordvousaveztordvousaveztordvousaveztordvouzaveztordvouzzaveztord
- JR -
Et si la Terre était plate, comme
un long tapis souple voguant dans l'univers. On palperait d'autres atmosphères
et peut être d'autres sensations, une sorte de bonheur constant.
La notre, elle est ronde. On peut la prendre dans ses bras et la bercer
doucement comme un enfant, si fragile. Que pense un enfant accroupi près
de la terre nourricière, un caillou amusant son palais?On peut en faire le tour. Et sans aller plus loin que les étoiles, on peut Tout rencontrer. La beauté, la volupté, l'orgasme et..., l'injustice de la chaîne ADN nous fait aussi croiser le gouffre du non retour, l'abîme qui s'engouffre dans le néant. Misère. Je hais les capitales, les mégalopoles, les entassements sans racines, les sacs plastiques. Je vais bien, pas triste. Mais parfois je ne peux gommer les images qui se montrent dans la ville, des images d'oubli. D'oubli de la Vie, comme si elle n'avait aucune valeur. Pourquoi Eux? Pourquoi Moi?
- Martine R. qui revient de 3 heures
de tourisme shopping dans la ville -
J'écris ces mots après avoir
vu neuf petits chiots tout juste éclos. La mère va bien,
moi aussi. Le repas de ce soir était convivial. Nous sommes samedi.
A Paris les rues s'illuminent des phares de voiture amenant les banlieusards
désireux d'amusements. Ici à Addis il n'y a pas de banlieue,
c'est tout de suite la campagne, mais les bars de la capitale éthiopienne
savent se remplir de chalands. Boire de la bière ici n'est pas
plus un exploit qu'en Ile de France. La différence réside
dans les petits vendeurs-camelots que l'on croise. Une cigarette à
l'unité, un chewing-gum pour l'haleine, et au détour de
toutes les rues des mendiants, des clochards aux haillons accordés
à la saison, autant dire très peu de tissu. Le comble pour
un costumier! Autant d'acteurs de la vie quotidienne qui vont pieds nus,
sans sourire, guettant la pièce de monnaie et espérant l'amour.
Je les aime, je le sais, mais je ne serai jamais Mère Thérésa,
est-ce de l'égoïsme?
- Philou -
Bon, alors moi, c'est Martine H QUI CAUSE,
sauf qu'elle n'a rien à dire parce qu'elle est dépassée,
dur, très dur, mais très bien aussi. Elle a un très
bon ami avec qui elle a une devise: TROP C'est trop , et c'est vraiment
trop, alors elle capote gaiement en se répétant sans cesse,
trop c'est trop, mais elle aime ça. Elle ne sait pas et ne veux
pas savoir, juste arriver à dormir sans penser, assommée
par toute cette joie d'être avec.ELLE SERAIT PAS BELLE LA VIE ? Plein de fautes, c'est vraiment pas grave, la musique est douce et tendre, tout va bien, le ciel est beau et on se regarde. Jacky est déjà couché, c'est louche, Jean Raymond va se coucher, c'est clair, moi aussi si j'ai un chauffeur!!! Demain c'est encore dimanche, mais qu'est-ce que ça veut dire? Je ne sais de moins en moins ce qu'on va faire, ou de plus en plus, peu importe on va le faire. Juste si tout le monde mangeait, elle serait pas belle la terre? Alors silence.
- Martine H, qui vous aime - -
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