Addis Ababa, le 5 janvier 1998
- Titiman -
Ce matin j'ai assisté à
une répétition de l'équipe des enfants de la rue,
entraînés par Thierry et Martine depuis leur arrivée
en Ethiopie, rejoints par Rascal des Métalo dès son arrivée.Ces jeunes font partie du Circus et sont des enfants de la rue. Ils viennent au Circus trois fois par semaine pour répéter. Ils reçoivent un repas et un Birr pour leur transport. L'idée de Marc Lachance en les accueillant au Circus est de faire en sorte que ces jeunes aient un moyen supplémentaire de gagner leur vie en faisant une manche "active". Quand l'équipe d'Oposito a commencé son travail, Martine et Thierry leur ont proposé de travailler avec eux en complément de leurs répétitions habituelles au cirque. Ces jours-ci ont lieu les dernières répétitions avant les premiers spectacles en public dans la rue, le résultat est assez remarquable. Les jeunes ont très rapidement compris le sens du jeu et nous ont fait beaucoup rire aujourd'hui.
- Michèle -
Journée active, travail quotidien avec Aweke sous la Hutte, moment privilégié pour les deux protagonistes que nous sommes. Ce temps me fait penser aux rencontres de caractères partagées avec mes amis de la rue, comme Pierrot, Philippe, ou encore Pierre et Michel... où chacun affirme sa différence, dans le respect mutuel, liés par la même envie: fabriquer l'impossible. Nous
avons bouclé l'image de la gare, la chronologie du mouvement est
simple, nous arriverons en cortège par Churchil Road, face à
la gare, à l'entrée de la place, trône un lion, notre
parade avance au son du Nazareth Band, à la rythmique Rascal, suivi
par les voix et bois de nos cent cinquante kids, nous pénétrons
sur la place par le centre, en nous répartissant en deux lignes,
nous progressons vers la gare, celle-ci est à l'image de nos gares
de Provence d'avant le TGV. Dans son arche centrale, faisant face au lion,
le Rhinocéros de pierre s'affiche comme une figure de proue, les
jeunes gagnent leur place, certains rejoignent les balcons où les
attendent leurs percussions de métal, d'autres prennent le centre
du terre-plein et commencent à jongler. Enfin quand tout le monde
est à sa place, une pyramide se dresse sur le parvis. Silence.
Apparaissent à la fenêtre les chanteuses de Nazareth, elles
chantent. Silence. Rascal, debout sur un fût, donne le départ
du morceau commun, les tambours résonnent, les bois claquent, d'abord
tout doucement puis le tempo va crescendo jusqu'au Fracas. Silence. Paraissant
se décrocher de la gare, notre Rhinocéros fait sa première
charge dans le public...
- J.R. -
Je continue de faire un dessin par jour, c'est mon challenge personnel. J'ai emporté un cahier avec des pages de couleurs différentes, ramené de Montréal. Méticuleusement, je suis les fonds imposés au fur et à mesure des jours (je me suis permise d'arracher les feuilles jaune citron !). Les dessins évoluent au fur et à mesure que les feutres sèchent; ils s'inspirent sans le vouloir des émotions du jour. Mais, le compte à rebours est parti depuis quelques jours et les temps personnels se font rares, de plus, coincés dans notre vie de collectivité... J'ai
utilisé les craies, jetées dans mon sac au dernier moment
en partant de Paris, ce dimanche, à Debre Berhan, en attendant
le spectacle du Circus, assise dans les tribunes du stade (tribunes qui
en temps normal sont le refuge d'ombre des brebis). Les gamins et les
grands sont venus autour de moi, comme à chaque fois qu'un "Farenge"
se pose quelque part. Ils font cercle, ils me regardent et attendent.
Une conversation de regards s'engage, l'un se faufile, en poussant les
autres il se glisse à mes côtés. Lui, parle anglais,
un peu, comme moi. Je prends une craie et trace sur le sol des tribunes.
Je lui tends un autre bâton... qu'il continue... on pousse les pieds...
on voudrait un peu de place... les mains se tendent.... les craies circulent.
Des visages apparaissent sur la pierre... les couleurs s'échangent...
Les craies s'amenuisent vite, très vite sur la pierre. Nous poussons
d'autres pieds, nous balayons d'un revers de main les crottes de brebis,
les épluchures de canne à sucre... Je ne vois que des pieds
et des jambes, je me relève... et ne vois que les yeux écarquillés
de notre public... La fresque horizontale s'agrandit, les craies!! Il
n'y en a plus et de toute façon le spectacle du Circus va commencer.
Qu'ont pensé les brebis de ce graffiti improvisé?LA PARADE: elle se met en place, nous répétons les figures, les rythmes, les codes, tout en faisant un roulement pour les essayages costumes. Trois groupes dans le déambulatoire qui, maintenant, ont leur "entraîneur" attitré. Rascal avec le groupe de Nesameth, Thierry avec le groupe d'Ashenaphie, et moi avec le groupe de Germa. Fabienne et Philou, très occupés par la fabrication des costumes, viendront se joindre aux dernières répétitions, ainsi qu'Achil qui sera le grand manipulateur du Rhino. LES ATELIERS dit ateliers parallèles (suite de l'explication de Michèle en amont sur les Street's Kids): et bien... un grand plaisir au supplément quotidien. Les jeunes ont présenté devant un petit public leur montage. Nos élèves ont été à la hauteur de la barre que nous leur avions posée, ils ont captivé leur public dans des éclats de rire. Prochaine étape pour eux: jouer dans la rue devant un auditoire peu habitué à ce genre d'intervention. Nous espérons organiser cette première avant notre départ.
- Martine R. -
Approchez, Approchez Mesdames et Messieurs...Venez voir le tour le plus époustouflant, le peintre équilibriste; KIKE CIRCUS... Celui qui fait des arches molles de couleurs arc en ciel sur fond de zèbres. A 4m50 sur un escabeau branlant sur terre battue... Celui qui peint un lion de 5 mètres sur un fond de soleil avec réverbération dans les yeux. Le tout sur un échafaudage de bidons attachés avec du fil de fer et avec un vent en rafale dans une chaleur de feu. Mesdames et messieurs le spectacle va commencer dans à peine 5 jours! |
Parade |
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Approximate 3 mn. Rascal stops = Quiet. |
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Addis Ababa, le mardi 6 janvier 1998 Maison
de Marc 18h. Jacky me tape sur l'épaule en me disant "je repartirais
bien tu sais!" Il revient d'Harar, la ville qui m'a fait un noeud au cerveau
lors de mon dernier voyage; depuis je suis scotché sur la carte
Ethiopienne. Côté boulot, on peut pas dire que tout, vraiment
tout, soit clair, limpide, sans doutes... mais qu'est ce que c'est bien,
on y va en chantant faire cette p... de parade les doigts dans le nez,
en dansant. Thierry est remonté il a bouffé du lion il répète
des Flip Flap dans le salon, Philippe de la Team vidéo se jette
actuellement du toit avec sa caméra: il s'entraîne pour le
parcours, la première fois qu'il l'a fait il a bouffé la
caméra, maintenant il passe partout...Martine se lève à 5 heures du matin, elle coupe du bois avec la tranche de la main et nous prépare le café. Luc nous fait un palu mais c'est Vincent qu'a des hallus: il est tout blanc, tout blanc, tout blanc, mais ça se soigne, on va l'aider. Laure monte et descend la côte qui mène au Circus avec un sac à dos rempli de pierres, vous voyez pas de problèmes!!! 7 h du mat, Temps couvert. Je me sirote un café peinard, la maison est endormie. Aujourd'hui c'est Noël, une partie de l'équipe travaille quand même: Kiké termine le lion de fond de scène, Achil et Luc viennent de partir chercher Mélaku afin de tracer l'espace scénique sur la place Mescal. A midi, certains d'entre nous sont invités, à célébrer Noël dans la famille de Tiezta une des jeunes fille du Circus. Dans le jardin, le mouton attaché à son piquet pousse des bêlements de détresse, son sort sera bientôt réglé, ainsi va la vie.
- JR qui vous NET -
J'étais avec Jacky, Anto et Adrien, petite équipée pour 3 jours sur Diri-Dawa et Harrar et moi aussi j'ai du mal à rentrer, à la Maison: celle de Marc, celle de chez nous. Partir là-bas, c'est s'avancer vraiment dans un autre monde, profond, coloré, dense, l'islam en Ethiopie et ses innombrables mosquées, la culture du labyrinthe: une ville très ancienne entourée de remparts avec 5 portes comme ouvertures moyenâgeuses sur des ruelles serrées et actives comme les Puces de Clignancourt. Culture
aussi de l'esprit et de l'âme, l'ombre et la lumière, la
multitude de tout: les gens, les personnes, les enfants, les femmes, les
jeunes filles... les couleurs, les tissus, les motifs... Nous avons approché
réellement une réalité, un contact vrai et permanent:
nous étonnons, nous devons être une poignée de blancs,
les tout-petits enfants sont effrayés et pleurent, ce sont les
seuls, tous les autres, de tous âges semblent nous "chiner" gentiment,
rigolent, tendent la main. Nous n'avons pas arrêté d'échanger
des "salam" et d'en recevoir, nous n'avons pas non plus arrêté
d'être appelés "faranjer", taxés d'une étiquette
mais très vite oubliée lorsque nous faisons avec des jeunes
quelques parties de baby-foot endiablées. Nous sommes alors tous
très heureux d'être ensemble et de nous découvrir,
nos modes sont tellement différents que l'expérience de
se retrouver face à face est vécue de part et d'autre de
façon égale comme fantastique, unique, rarissime et trop
fragile pour oser risquer de la perturber.Je finirai ces pensées en terminant sur la note de Diri-Dawa et notre rencontre avec Meseret, mais j'en ai déjà beaucoup dit. Aussi, je vous dis à demain ici ça sera Noël. Merry Christmas Ethiopia.
- Frédérique -
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